mardi 13 novembre 2018

Colloque des Archives départementales de la Somme sur la Grande Guerre et ses commémorations



Les jeudi 8 et vendredi 9 novembre 2018, dans le contexte du centenaire de la Grande Guerre, un colloque s'est tenu aux Archives départementales de la Somme, sur le thème suivant : « Commémorer la Grande Guerre hier et aujourd'hui ».
Les étudiants du Master ont été invités à écouter les interventions du vendredi 9 novembre. En effet, cette journée était davantage consacrée aux sources archivistiques, et plus particulièrement à la manière de les collecter, de les traiter et de les diffuser.
Les interventions du vendredi étaient divisées en deux parties, à savoir « Commémorations officielles et institutionnelles » et « Monuments au morts : les ériger, s'en servir ». Durant la première partie, il y a eu quatre interventions dont celles de Xavier Daugy, Elise Bourgeois, remplaçant Jean-Louis Piot -du Conseil départemental de la Somme, Jean-Michel Schill et Ludovic Klawinski, tous les quatre travaillant aux Archives départementales de la Somme. Durant la deuxième partie, le groupe qui est intervenu dans un premier temps était constitué d'Elise Bourgeois, Morgan Mazurier, Aurélien Chapolard et ses élèves de la section internationale du Lycée Robert de Luzarches d'Amiens. Ensuite, ce fut au tour de Jean-Paul Vasseur, lecteur et usager des archives, d'intervenir. Cette journée se terminait à la Cathédrale d'Amiens avec Aurélien André.

Commémorations officielles et institutionnelles


Intervention de Xavier Daugy - « Se souvenir de la Grande Guerre : les sources relatives aux commémorations et visites officielles aux Archives de la Somme de 1918 à 1968 »


Xavier Daugy a permis une rétrospection à travers les différentes sources archivistiques dont les Archives départementales de la Somme disposent. En effet, la Grande Guerre a laissé derrière elle de nombreux documents d'ordre public, privé, religieux, laïc, local et international.
La cote KZ2571 relative aux plaques et monuments commémoratifs est sûrement la plus représentative. De manière plus générale, les séries M (administration générale et économie), R (affaires militaires, organismes de temps de guerre), T (enseignement, affaires culturelles, sports), Z (sous-préfectures),  Fi (fonds iconographiques), W (archives contemporaines), DA (archives diocésaines) ainsi que le fonds Duchaussoy coté en sous-série 14 J, la presse etc, contiennent des documents en lien avec la Grande Guerre. Le nombre de sources est effectivement très important et les supports variés (documents papiers, cartes postales, plaques de verre, photographies etc).

Intervention d'Elise Bourgeois - « La commémoration institutionnelle du Conseil départemental de la Somme : livret mémoire pour les collégiens au classement à l'UNESCO des sites de la Grande Guerre »


Deux projets ont été lancés afin de commémorer et préserver la Grande Guerre et ses sites. Ainsi le Conseil départemental de la Somme a édité un livret pédagogique intitulé La Somme dans la Première Guerre mondiale, rédigé par des spécialistes, des archivistes, des chercheurs et des professeurs, et destiné aux collégiens, plus particulièrement aux élèves de 3ème. Leur objectif est de rappeler la réalité du conflit, de présenter les différents enjeux liés à cette guerre et plus précisément de sensibiliser la nouvelle génération pour perpétuer la mémoire de tous les acteurs de la Grande Guerre.




Le second projet, qui concerne l'UNESCO et la préservation des sites et lieux de mémoire de la Grande Guerre, a été déposé en janvier 2017. C'est un enjeu à la fois économique, touristique et mémorial. En effet, ces sites sont essentiels, ils représentent notamment un nouveau culte des disparus. Chaque combattant qui a perdu la vie durant cette guerre est honoré individuellement, peu importe sa nationalité, son ethnie, sa religion ou sa catégorie sociale. Un comité scientifique international a donc procédé à une sélection des sites, à la fois pour leur authenticité et leur caractère exceptionnel.
L'engagement a été important du côté du Conseil départemental de la Somme mais aussi du côté des partenariats avec les communes, les intercommunalités, les offices de tourisme, les musées etc.
Elise Bourgeois a terminé son intervention sur l'impact que ce projet a eu dans le département de la Somme. Effectivement, la retombée économique a été remarquable, il y a eu une hausse des visiteurs et des réseaux se sont créés avec d'autres sites. Plus généralement, 139 lieux de mémoire ont été sélectionnés dont 11 dans la Somme.

Intervention de Jean-Michel Schill - « Préparer le centenaire de la Grande Guerre : le guide des sources sur la Première Guerre mondiale aux Archives de la Somme »


Avec l'intervention de Jean-Michel Schill nous entrons au cœur de la constitution du corpus documentaire. En effet, il a expliqué le travail effectué pour la rédaction d'un guide des sources sur la Grande Guerre à partir des archives du service départemental de la Somme. A plusieurs reprises ce guide a été réalisé puis interrompu avant d'être repris en 2015 dans le cadre du projet mémorial. Il recense tous les fonds concernant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918, mais aussi des documents postérieurs. Jean-Michel Schill a fait remarquer les différentes difficultés rencontrées lors de la rédaction, par exemple le classement des archives qui n'était pas forcément optimal. Il fallait en effet revoir les intitulés, les analyses ainsi que la répartition des documents. Il fallait également prendre en compte le caractère provisoire de certaines cotes. Afin de faciliter leur travail, toutes les données sélectionnées ont été transférées dans un tableau qui listait donc ce qui allait potentiellement se trouver dans le guide. Ce dernier a été rédigé dans l'ordre du cadre de classement des Archives départementales de la Somme. Le travail réalisé a été colossal puisqu'il compte actuellement 249 pages, deux tables des matières dont une détaillée avec les sept niveaux de classement, et une recherche en plein texte possible. De plus, comme le guide des sources peut être remis à jour, il n'a pour le moment pas de publication papier.

Intervention de Ludovic Klawinski - « Collecter, numériser et diffuser pour commémorer : les dons de mémoire et le grand mémorial »


Cette intervention portait sur les dons de mémoire de la Somme qui sont à l'origine de la Grande Collecte. L'objectif était de récolter un certain nombre de témoignages et d'archives privées en rapport avec la Grande Guerre, et ce, auprès de tout individu susceptible d'avoir des documents ou objets. Les archives étaient soit remises en tant que dons aux Archives départementales, soit numérisées lorsque les personnes ne souhaitaient pas se séparer de leurs documents.
En 2011, les Archives départementales de la Somme se sont lancées dans une nouvelle réflexion : comment allier les pratiques archivistiques, la mémoire et la collecte dans un contexte de démocratisation culturelle avec la montée d'Internet et la multiplication des demandes. Le premier projet, en novembre 2012, était une phase test de collecte d'archives privées sur la Grande Guerre. L'objectif était d'impliquer les citoyens, dans un travail de mémoire partagée. Ce type de projet insiste sur l'histoire personnelle et familiale, dans le cadre de la guerre, ce qui permet de mettre davantage le document en valeur en le contextualisant par le témoignage. En juin puis en novembre 2013, la collecte s'est effectuée de nouveau et s'est plus largement diffusée. Une vingtaine de personnes s'est mobilisée aux Archives départementales de la Somme pour accueillir les contributeurs. Ce travail a demandé beaucoup de moyens matériels, notamment pour les salles réquisitionnées pour l'accueil des témoignages, mais aussi pour les boîtes d'archives utilisées. Des liens plutôt forts se sont développés avec les contributeurs et des documents inédits ont été collectés. Ce contact est essentiel pour la réutilisation de ces archives.
Au total, on compte 230 contributions dont 10 contributions en 2012, puis 43 en juin 2013 et, enfin, 64 contributions en novembre 2013. On note également 45 000 vues numériques et 80 contributions en ligne.

Monuments aux morts : les ériger, s'en servir


Interventions d'Elise Bourgeois, de Morgan Mazurier, d'Aurélien Chapolard et des élèves de la section internationale du Lycée Robert de Luzarches – « Comment ériger un monument aux morts : exemple de Cantigny »


Le professeur de Géographie Aurélien Chapolard et trois de ses élèves sont intervenus sur leur travail collaboratif avec le service éducatif des Archives départementales de la Somme et plus précisément avec Elise Bourgeois et Morgan Mazurier. Leur projet avait pour objectif de commémorer le centenaire de la bataille de Cantigny par le biais d'une exposition centrée sur les soldats américains. Ce type de projet pédagogique permet aux élèves d'être acteur et médiateur de l'Histoire, tout en s'informant sur la réalité du conflit et la façon d'ériger un monument aux morts. 
Les élèves ont constaté les difficultés pour organiser une exposition aussi conséquente en terme d'informations et de sources. Leur tâche première était de se mettre dans la peau d'un historien avec un esprit critique mais aussi dans celle d'un archiviste afin de décortiquer les nombreuses sources d'archives disponibles aux Archives départementales de la Somme. Pour des raisons budgétaires, la classe n'a pas pu se rendre à Cantigny pour leurs recherches. Ainsi, ils ont dû se plier aux règles strictes des Archives pour manipuler les documents et se sont découverts de véritables talents de détective.
Elise Bourgeois a fait aussi remarquer le travail considérable qu'une exposition comme celle-ci demande, avec une difficulté supplémentaire qui était la langue. En effet, les élèves de la section internationale ne discutaient qu'en anglais durant leurs séances de travail et les panneaux exposés ont été rédigés en anglais ainsi qu'en français.





Intervention de Jean-Paul Vasseur - « Restituer la mémoire, expérience d'un lecteur des Archives de la Somme »


Cette dernière intervention, tout en émotion, était celle d'un lecteur et usager des Archives de la Somme. Son travail exceptionnel consiste à restituer la vie des soldats de la Grande Guerre afin de leur rendre hommage et de continuer à les faire vivre à travers les années.
Il commence ses recherches par des détails puis s'organise selon les thèmes suivants : la vie civile du soldat, sa vie militaire puis ce qu'il appelle « les mémoires de pierre ».
Aucun dossier ne se ressemble puisqu'il représente une vie avec son caractère individuel. Ainsi, les premières choses qu'il affiche sur le dossier sont le nom du soldat et une illustration dont le choix est influencé par un détail de la vie du soldat.
Le chapitre sur sa vie civile part de la naissance de l'homme, passe par sa famille, son mariage, ses enfants et son épouse, mais également par son métier et son service militaire. Jean-Paul Vasseur ne se contente pas de rédiger une succession de dates. Il réécrit le plus brièvement possible, sans pour autant que ce soit parcellaire, la vie du soldat avec ses moments forts mais aussi ses instants plus anodins.
Le chapitre sur sa vie militaire présente, de façon la plus précise possible, aux lecteurs ce qu'il a pu voir durant la Première Guerre mondiale. Il contextualise et décrit des moments vécus pendant l'engagement du soldat.
Enfin, le chapitre sur « les mémoires de pierre » se situe après la mort du soldat et a pour sujet ses décorations, sa plaque commémorative, sa sépulture -élément d'autant plus important lorsque la famille du soldat ne connaît pas le lieu où il est enterré. Outre la valorisation des nombreuses sources sur la Première Guerre mondiale, il permet également à certains soldats fusillés "pour l'exemple" d'être réhabilités dans la mémoire collective.
Le travail de Jean-Paul Vasseur appartient par la suite à la famille, à la commune de naissance et de résidence du soldat, mais aussi à l'Histoire.

Déplacement à la cathédrale d'Amiens


Intervention d'Aurélien André - « Les monuments commémoratifs de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens »



La visite a été introduite par le rôle significatif de la cathédrale d'Amiens durant la Première Guerre mondiale. C'est en effet un symbole religieux fort pour le nord de la France. Aurélien André nous a présenté quelques photographies du Maréchal Foch sur le parvis de la cathédrale d'Amiens et a évoqué la célèbre photographie de la cathédrale barricadée pour la protéger.
Il existe différents monuments commémoratifs au sein de la cathédrale. Nous y trouvons des plaques commémoratives pour des cérémonies plus ou moins importantes -jusqu'à 6000 personnes étaient présentes dans la cathédrale pour l'inauguration de ces plaques. Nous pouvons voir également une plaque, non pas pour un pays, mais pour un soldat britannique: Raymond Asquith. Il était le fils du premier ministre britannique de l'époque et a été tué sur le front de la Somme le 15 septembre 1916.
Un autre site commémoratif important est présent à la cathédrale. Dans la chapelle des alliés apparaissent tous les drapeaux des forces alliées dont très peu sont encore d'origine. Toutefois, nous pouvons citer le drapeau de l'Union Jack. Notons que très récemment l'Île de Terre-Neuve a remis un nouveau drapeau qui devrait être prochainement accroché dans la chapelle des alliés.


Les membres du bureau de Picarchives ont été heureux de constater tout le travail effectué dans la région et l'engagement remarquable de celle-ci à l'occasion de ce centenaire.


lundi 5 novembre 2018

La vengeance d'un horloger senlisien

JANINET, Jean-François (1752-1814), Événement du 13 décembre 1789 : vengeance affreuse d'un nommé Billon, horloger, à Senlis, estampe, Paris, 1789-1791. Appartient à l’ensemble documentaire : Est18Rev1. Collection numérique : Fonds régional : Picardie.
Source : Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE QB-370 (18)-FT 4.

Pour l'événement qui va suivre, nous partons à Senlis dans l'Oise entre 1788 et plus particulièrement 1789. Le personnage central est un horloger du nom de Louis Michel Rieul Billon, né en 1750 dans cette même ville. Nous sommes en 1788. Billon est un homme apprécié par ses amis du café Gagneux qui soulignent surtout son esprit mélancolique. L'un de ses plus proches amis, Desroques de la Compagnie de l'Arquebuse, souhaitant le distraire, lui propose de faire partie de ladite Compagnie. Après hésitation, Billon accepte, voyant son caractère honorifique.

Au début de l'année 1789, l'image de l'horloger se dégrade aux yeux des habitants de Senlis, suite à une affaire d'argent qui tourne en sa défaveur. Billon est désormais vu comme usurier, "une sangsue des pauvres". Il ressent un profond sentiment d'injustice à la suite de cet épisode. Apprenant cela, le commandant de la Compagnie de l'Arquebuse décide, après un vote, d'expulser Billon de la Compagnie, ne voulant pas que l'honneur de celle-ci en pâtisse. Cependant, le concerné n'est prévenu que le lendemain de cette décision, alors qu'il se rend à la Compagnie. Il cherche par la suite à comprendre et à se défendre mais le Commandant refuse de le recevoir. Face à cette seconde injustice, Billon se retire dans sa maison, plein de haine. C'est durant cette période que, doucement, il pense à se venger.

Le 13 décembre 1789 doit se tenir un cortège pour faire bénir les drapeaux de la nouvelle milice nationale à Senlis. Le départ du défilé se situe à l'Hôtel-de-Ville et il doit se terminer à la Cathédrale. Deux chemins peuvent être empruntés, l'un passant par des rues étroites et peu pratiques, l'autre, rue de Châtel, bien plus large et droit. Or la maison de Billon se trouve justement à l'angle de la rue de Châtel. Il voit alors cet événement comme une bonne opportunité pour mettre au point sa vengeance.
Durant le mois de juillet 1789, Billon voyage beaucoup dans le pays et ramène de ses séjours des paquets mystérieux. Il fait également des commandes auprès d'un menuisier. Se fiant à son instinct, sa femme tente de l'interroger mais n'obtient aucune réponse de son mari. Son inquiétude grandit lorsqu'elle le surprend à s'occuper de ses armes, notamment de son fusil de chasse. Cette fois, Billon lui répond que c'est simplement pour se préparer à une quelconque attaque, au vu du climat particulier de cette période.

Billon parfait sa vengeance durant des mois, jusqu'au jour du défilé. Le matin, bien avant le départ du cortège, Billon se rend à l'Hôtel-de-Ville et entame une discussion avec M. Hamelin, commandant de la deuxième division de la cavalerie. Il se plaint de l'injustice dont il a été victime, justifiant le fait qu'il ne participera pas au défilé. Après s'être assuré que le cortège passera par la rue de Châtel, il rentre chez lui et envoie sa femme et sa servante voir le défilé. Quant à ses amis proches, il leur a conseillé de rester loin du cortège, donnant l'excuse d'un mauvais pressentiment. Il était davantage inquiet pour son ami Desroques. Celui-ci étant malade, Billon en a profité pour lui faire promettre qu'il ne sortira pas de chez lui.

A midi, l'horloge de l'Hôtel-de-Ville annonce le départ du cortège. Ce dernier est constitué d'un détachement de la cavalerie nationale, des corps de l'Arquebuse et de l'Arc, de la Compagnie des Royalistes-fusiliers accompagnée d'officiers municipaux, de hoquetons et de valets de ville au troisième rang. Viennent ensuite l’État-major de la milice nationale dont le commandant porte le drapeau, une escorte de 50 hommes des différents corps des troupes nationales, quatre Compagnies de fusiliers-nationaux et la Compagnie des chasseurs qui ferme le cortège.

Billon s'enferme chez lui, s'installe dans son cabinet avec des arquebuses, des carabines et des fusils de chasse chargés. Quand il entend la foule arriver, il se poste à sa fenêtre avec son arquebuse. Le premier coup est donné. La foule croit tout d'abord que c'est un accident mais lorsque la première victime de Billon s'effondre, le cortège constate que sa blessure ne peut être qu'un assassinat. Le deuxième coup de feu est tiré et la panique gagne le défilé. Un homme s'aperçoit que les coups de feu viennent de la maison de Billon. Il tente alors de lui tirer dessus mais Billon riposte et manque de le blesser. On ordonne à M. Hamelin d'aller chez Billon et, suivi de la cavalerie, des chevaliers de l'Arquebuse et de l'Arc, des Royalistes-fusiliers et des chasseurs, Hamelin essaye d'entrer.

Pendant ce temps, les coups de feu continuent de retentir et Billon fait de nouvelles victimes. Il réussit à tuer le commandant de l'Arquebuse qui l'avait expulsé de la Compagnie. La porte de sa maison finit par lâcher et tous s'y engouffrent. Ils atteignent une porte barricadée de l'intérieur, réussissent encore à entrer après quelques efforts, mais se retrouvent face à un incendie. Billon, de son côté, veut se replier dans son grenier. Il profite toutefois de sa position avantageuse pour tirer une nouvelle fois sur les hommes qui le cherchent. Il fait une victime supplémentaire mais l'un des hommes réussit à l'attraper. Billon se défend, le repousse et monte les escaliers qui mènent au grenier.
D'autres essayent d'éteindre l'incendie mais sont désormais face à un nouveau danger : une caisse pleine de poudre. Dans l'escalier, Billon se fait de nouveau attraper. Une explosion les interrompt tous, blesse grièvement Billon et l'homme, nommé de la Bruyère, qui le tenait. L'auteur de l'attentat est toujours vivant mais la Compagnie des chasseurs l'achève tandis que de la Bruyère est emmené pour être soigné. Malgré la gravité de toutes ses blessures, il guérit. Pour sa bravoure, il reçoit de Louis XVI, la croix de Saint-Louis ainsi qu'une pension annuelle.

L'explosion a été si forte que 66 maisons ont été touchées. Quant au nombre de victimes, il s'élève à 26 morts et 41 blessés.


Sources :

-FOUQUIER, A., Le récit détaillé de "l’attentat de l’horloger Billon" en 1789 suivi d’une dissertation sur le jugement de l’affaire, collection intitulée Causes célèbres, Paris, éd. Lebrun, [s.d. (après 1855)]. (Réf. BM de Senlis : Fonds local Br. Senlis 9).
-MARICOURT, André de, Extr. de Lectures pour tous, revue universelle illustrée, n°10, 1912 (juillet), Hachette, 1912, p.841-848. (Réf. Bibliothèque municipale de Senlis : Réserve).
-Voir aussi : Archives départementales de l'Oise : Sous-série 1 C (Administrations provinciales) 1 Cp 822 : État des victimes de l'attentat de Billon (1790).



dimanche 14 octobre 2018

La Bande à Bonnot a encore frappé !



Source : Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (145).
Description : 26 mars 1912
, crime de Chantilly, la foule devant la Société Générale, photographie de presse, Agence Rol. 1 photographie nég. sur verre, de 13 x 18 cm (sup.)  



Vous avez sûrement déjà dû entendre parler de la célèbre bande à Bonnot qui a déchaîné la presse et le pays entre 1911 et 1912.


Jules Bonnot est un anarchiste français qui aurait découvert sa passion des armes lors de son service militaire1. Afin d'aller au bout de ses idées, il recherche de l'aide auprès des sympathisants du journal l'Anarchie. Ainsi se forme la bande à Bonnot dont les membres principaux sont Raymond Callemin appelé aussi Raymond-la-science, Octave Garnier, René Valet, Soudy et Monier. Jules Bonnot serait naturellement devenu le chef dû à son âge. Il était en effet plus vieux que ses camarades.


Avant de relater les faits qui ont eu lieu dans notre chère région, rappelons que la bande à Bonnot n'en était pas à leur coup d'essai. Elle est en effet déjà connue pour contrebande d'alcool et multiples agressions, meurtres et braquages en tout genre, mais réussit à fuir la police à plusieurs reprises. Elle est par ailleurs très provocatrice envers l'autorité. Voici par exemple une lettre d'Octave Garnier publiée dans le journal Le Matin :


« Votre incapacité pour le noble métier que vous exercez est si évidente qu'il me prit l'envie, il y a quelques jours, de me présenter dans vos bureaux pour vous donner quelques renseignements complémentaires et redresser quelques erreurs voulues ou non. »2.

Le 21 décembre 1911, la Société Générale du XVIIIe arrondissement de Paris subit le hold-up de Jules Bonnot et sa bande. Mais mécontents de leur butin peu élevé, ils continuent leur cavale jusqu'à leur prochaine cible. Fait rare pour l'époque, les bandits utilisent la voiture, dont une De Dion-Bouton, qui ne facilite pas le travail de la police, se déplaçant surtout en vélo ou à cheval. Autre anecdote intéressante : la bande à Bonnot serait la première à utiliser un chalumeau pour percer les coffre-forts3.


Le 25 mars 1912, Bonnot et ses camarades Garnier, Callemin, Monier, Valet et Soudy tentent un nouveau braquage à la Société Générale. Cette fois c'est celle de Chantilly qui en est victime. Deux employés sont blessés, deux autres sont tués4, l'opinion publique se déchaîne. Les bandits s'enfuient avec un butin bien plus élevé d'environ 50 000 francs et ils se retrouvent à la Une du journal Excelsior. On parle désormais d'affaire d'Etat et des budgets spéciaux sont débloqués afin de permettre à la police de les arrêter.

La cavale continue jusqu'à l'arrestation progressive des membres de la bande : Soudy, Callemin puis Monier. Bonnot, de son côté, fait une nouvelle victime dans la Sûreté Nationale. Le sous-chef, Louis-François Jouin, est assassiné alors qu'il souhaite effectuer une perquisition au Petit-Ivry, accompagné de l'inspecteur principal Colmar. Jules Bonnot est présent à l'étage et abat Jouin à coup de revolver. Colmar quant à lui ressort blessé de cette attaque surprise. Lui aussi blessé, Bonnot se rend dans une pharmacie avec une excuse bien ficelée mais le pharmacien le reconnaît et le dénonce.

A la fin du mois d'avril 1912, Jules Bonnot est retrouvé au « Nid Rouge », à Choisy-le-Roi, où il est hébergé. La police reste sur place jusqu'à ce que commence la fusillade qui délivrera la France de Jules Bonnot. De la dynamite finit par le blesser grièvement, Bonnot résiste mais se fait arrêter. Il est transporté à l'hôpital et meurt peu de temps après, le 28 avril 1912.
Le reste de la bande encore en liberté, à savoir Garnier et Valet, sont tués à Nogent-sur-Marne après de nouveau une longue fusillade.

Les membres auparavant arrêtés ainsi que ceux qui les ont aidés sont jugés au tribunal un an plus tard, en février 1913. Soudy, Callemin, Monier et Dieudonné (que je n'ai pas évoqué mais qui fut un élément important) notamment sont condamnés à mort tandis que les autres reçoivent soit une peine de prison, soit des travaux forcés.

« Le procès était terminé.
La Société était vengée. »
5

Le saviez-vous ? Les brigades régionales de police aussi appelées « Brigades du Tigre », créées par Georges Clemenceau en 1907, sont des brigades de police mobile équipées de voitures notamment de la fameuse De Dion-Bouton. Elles ont contribué à l'arrestation de la bande à Bonnot6.

1Selon l'émission Le Journal d'un Siècle diffusée sur Antenne 2 le 14 mai 1985
2Article « Une lettre de Garnier », journal Le Matin, publié le jeudi 21 mars 1912. Source : Gallica, BnF
3Toujours selon l'émission Le Journal d'un Siècle diffusée sur Antenne 2 le 14 mai 1985
4Selon l'article du Parisien, "A Chantilly, le dernier hold-up de la bande à Bonnot", rédigé le 20 août 1998
5MERIC Victor, Les bandits tragiques, Simon Kra, 1926, p.175
6Selon l'article "Histoire de la police judiciaire" du site www.police-nationale.interieur.gouv.fr
Voir aussi: Rapport... / Conseil municipal de Paris, 1913, p.139 (BnF)



Psss... Juste pour information, l'association a accueilli quatre nouveaux membres pour cette année 2018-2019...

dimanche 28 janvier 2018

Les archives du pouvoir

Ci-dessous vous trouverez, la publication des actes relative à la journée d'études sur les Archives du pouvoir organisée par la promotion Master 2 MATA 2016-2017. 


http://pdf.lu/qxEl

lundi 18 décembre 2017

Comme un ours mal léché

Les ours, bruns ou blancs, sont d’impressionnantes icônes populaires et compensent leur aspect pacifique par un instinct de prédateur orné de griffes et de crocs de grandes tailles. Ils bénéficient en outre d'un capital de sympathie à peine entamé par les quelques terribles accidents mortels dont ils sont responsables depuis le XIX siècle.

Photographie de la société des antiquaires de Picardie, Le montreur d'ours - 14Fi70/54 ; N CH 699 - Plaque de verre, négatif noir & blanc - 9 x 12 cm


Autrefois abondant en Europe, l'ours se prête plutôt bien aux exercices que lui inculquent, souvent dans la douleur, ses premiers maîtres.
En effet, pendant longtemps la meilleure manière d'apprendre à danser à un ours s'est bornée à le placer sur une plaque de métal chauffée par le dessous. Ainsi pour tenter d'éviter les brûlures, l'animal se dresse naturellement sur ses pattes postérieures et esquisse, du point de vue du dresseur, ce qui ressemble à une danse. Il ne faut pas très longtemps pour que la malheureuse bête assimile le lien entre musique, chaleur et douleur.

De plus, les facultés d'apprentissage de la douce créature, sa bonhomie, son allure touchante et pataude, ont largement contribué à effacer sa sauvagerie auprès du public et bien peu de spectateurs l'assimilaient, au bout du compte, à un fauve.

Par ailleurs, les chevaux, les ours, les singes et, dans une moindre mesure, les chiens, ont été longtemps les partenaires traditionnels des tziganes. Peu exigeants, faciles à entretenir, résistants aux conditions les plus rudes, ces animaux sont devenus emblématiques du voyage et la plupart des gravures qui illustrent l'existence de ces compagnies errantes montrent l'une ou l'autre de ces bêtes devenues à leur tour, au même titre que la musique et la bonne aventure, des symboles précieux du peuple tzigane. Il est resté un efficace partenaire pour les circassiens et les forains qui semblent avoir pris le relais des tziganes à la fin du XIX siècle.


Le saviez-vous?

Le poil de l'ours blanc n'est pas blanc mais translucide. C'est la réflexion de la lumière qui donne la couleur blanche à son pelage. Sa peau est quant à elle noire afin d'absorber au mieux la lumière pour conserver au maximum la chaleur solaire, mais ne se voit pas sous son épaisse fourrure.  

dimanche 3 décembre 2017

Journée internationale des handicapés

Dès 1801-1802, Louis-Claude Petit de l'Ecole de Médecine de Paris, évoque dans sa thèse que l'amputation est sans nul doute l'opération chirurgicale recquierant le plus de connaissance de la part du médecin opérant. Elle ne nécessite effectivement pas que dextérité et rapidité d'action de sa part, ce dernier doit aussi savoir juger sainement du besoin réel d'une telle opération, déterminer le moment le plus favorable à sa réalisation ou encore choisir le protocole le plus adapté.

Un cul-de-jatte à côté de l'Ecce Homo, rue Dumont-d'Urville à Cayeux-sur-Mer - 14Fi4/19 P ROS 4/19 (1900-1910) - Photographie noir & blanc - 13 x 18cm.


Le danger de l'amputation, compétence du chirurgen mis à part, réside dans les accidents qui en résultent : la douleur post-opératoire, l'inflammation exaltant la sensibilité de la zone amputée, la suppuration des ligaments et des nerfs, ou encore les désordres circulatoires occasionnés par le reflux sanguin.

Les opérants ne doivent jamais s'écarter d'une règle fondamentale ayant mis du temps à être pleinement assimilée par les corps médicaux : pour ce type de chirurgie, il ne faut jamais emporter d'autres parties en plus de celles qui méritent d'être sectionnées. L'amputation ne doit être qu'une ultime ressource pour conserver la vie du malade. Il est notamment arrivé qu'une jambe entière soit amputer lorsqu'il n'y avait qu'une partie du pied qui était affectée. Les chirurgiens ont d'ailleurs souvent prononcé en diagnostic que les entorses, les caries, les ankiloses ou encore les impacts de balles ou d'éclats de bombes exigeaient l'amputation. Une partie cependant s'est élevée contre la pratique abusive de cette opération.

De plus, le chirurgien Germain Leviels expose dans son essai de 1802-1803 que les cas d'amputation pour des blessés par balle, notamment aux membres inférieurs, doivent êtres précisement restreints. Selon lui, c'est surtout la profondeur de la balle et la complexité de la blessure qui déterminent l'aval ou non d'une amputation. Au niveau de l'articulation du genou, la destruction de vaisseaux sanguins dont les artères, couplée à des fractures trop fragmentées du trio fémur-rotule-tibia, peut justifier la section du membre.


Le saviez-vous?
Douglas Bader eut un accident de voltige en 1931, ce qui lui valut une amputation des deux jambes. Grâce à des prothèses en aluminium, il devint l'un des plus grands pilotes anglais de la Seconde Guerre mondiale avec 22 victoires confirmées. Prisonnier en 1941, il reçu une nouvelle paire de prothèses au cours d'un bombardement mais ses geôliers finirent par les lui confisquer à cause de ses tentatives d'évasion.

mercredi 29 novembre 2017

Å vol d'oiseau

À l'origine, comme les ballons utilisés dès la fin du xviiie siècle lors des guerres de la Révolution française puis pendant la guerre franco-prussienne, l'aviation devait n'être utilisée qu'en survol de reconnaissance des lignes ennemies. C'est la Première Guerre mondiale qui donnera naissance à l'aviation de guerre.

Soldats autour d'un avion de chasse allemand (Guerre 14-18). Cote 35FI458 - Archive photographique de la société photographique et cinématographique de Picardie. Archives départementales de la Somme. Plaque de verre simple 8.8x6.4 cm

Si l’année 1914 révèle le potentiel de l’aviation dans d’autres domaines que celui de l’observation, l’année 1915 signe l’année des expérimentations et de l’organisation de cette nouvelle technologie au service de la guerre. Les escadrilles vont se spécialiser selon les missions (observation, bombardement, chasse…), les aviateurs perfectionnent leurs techniques et les avions bénéficient d’un progrès sans cesse croissant.
Au commencement de la bataille de la Somme en juillet 1916, la plupart des escadrons du  Royal Flying Corps (RFC) étaient encore constitués de modèles BE.2c qui s'étaient révélés être des cibles faciles pour les Eindeckers allemands. D’autant plus que les nouveaux modèles britanniques comme le Sopwith 1½ Strutter étaient encore trop peu nombreux et les nouveaux pilotes furent envoyés au front avec seulement quelques heures de vol.
La supériorité aérienne alliée fut maintenue durant la bataille et inquiéta le haut-commandement allemand. La réorganisation complète de la Luftstreitkräfte mena à la création de bombardiers stratégiques qui bombardèrent le Royaume-Uni en 1917 et 1918 et à celle des escadrons d'attaque au sol qui se distinguèrent à la bataille de Cambrai et durant la seconde bataille de la Marne. Cette réorganisation permit surtout la création des unités de chasse spécialisées. À la fin de l'année 1916, ces unités détentrices du tout nouveau Albatros D.III rétablirent la supériorité aérienne allemande bien qu'elles aient été formées une année après leurs équivalents britanniques et français.
Durant la Grande Guerre, l'armée de l'air allemande utilisa une grande variété d'aéronefs dont les avions de chasse. Ces derniers déchaînèrent le plus les passions grâce aux « as » comme Manfred von Richthofen, surnommé le « Diable rouge » par les français, « Red Baron » par les britanniques. L’Allemagne développe en moyenne à l'époque un nouveau modèle tous les 6 mois  et l’assortit d’un moteur différent.
Enfin, jusqu'en 1918, tous les avions de l'armée allemande, ainsi que ceux de l'armée d'Autriche-Hongrie, porteront l'insigne de la Croix de fer, puis une croix formée de deux poutres droites, un insigne qui deviendra très familier pendant le IIIe Reich. À la suite de l'Armistice en novembre 1918 et comme prévu par le traité de Versailles, l'armée de l'air allemande est dissoute et ses avions militaires détruits.


Le saviez-vous ?
Lorsqu'un avion ou un bateau est en détresse, l'usage radio-téléphonique est de prononcer "Mayday". Ce mot est en fait une déformation de la phrase française "Venez m'aider", qui aurait été prononcée par un pilote français en détresse et qui fut comprise par l'opérateur anglais sous le terme "Mayday".