Association des étudiants et des diplômés du Master Métiers des Archives et Technologies Appliquées de l'Université de Picardie Jules Verne.
jeudi 20 décembre 2018
mardi 13 novembre 2018
Colloque des Archives départementales de la Somme sur la Grande Guerre et ses commémorations
Les
jeudi 8 et vendredi 9 novembre 2018, dans le contexte du centenaire
de la Grande Guerre, un colloque s'est tenu aux Archives
départementales de la Somme, sur le thème suivant :
« Commémorer la Grande Guerre hier et aujourd'hui ».
Les
étudiants du Master ont été invités à écouter les interventions
du vendredi 9 novembre. En effet, cette journée était davantage
consacrée aux sources archivistiques, et plus particulièrement à
la manière de les collecter, de les traiter et de les diffuser.
Les
interventions du vendredi étaient divisées en deux parties, à
savoir « Commémorations officielles et institutionnelles »
et « Monuments au morts : les ériger, s'en servir ».
Durant la première partie, il y a eu quatre interventions dont celles de Xavier Daugy, Elise Bourgeois, remplaçant Jean-Louis Piot -du Conseil départemental de la Somme, Jean-Michel Schill et Ludovic Klawinski, tous les quatre travaillant aux
Archives départementales de la Somme. Durant la deuxième partie, le
groupe qui est intervenu dans un premier temps était constitué d'Elise
Bourgeois, Morgan Mazurier, Aurélien Chapolard et ses élèves de la
section internationale du Lycée Robert de Luzarches d'Amiens.
Ensuite, ce fut au tour de Jean-Paul Vasseur, lecteur et usager des
archives, d'intervenir. Cette journée se terminait à la
Cathédrale d'Amiens avec Aurélien André.
Commémorations officielles et institutionnelles
Intervention de Xavier Daugy - « Se souvenir de la Grande Guerre : les sources relatives aux commémorations et visites officielles aux Archives de la Somme de 1918 à 1968 »
Xavier
Daugy a permis une rétrospection à travers les différentes sources
archivistiques dont les Archives départementales de la Somme
disposent. En effet, la Grande Guerre a laissé derrière elle de
nombreux documents d'ordre public, privé, religieux, laïc, local et
international.
La cote KZ2571 relative aux plaques et monuments commémoratifs est sûrement la plus représentative. De manière plus générale, les séries M (administration générale et économie), R (affaires militaires, organismes de temps de guerre), T (enseignement, affaires culturelles, sports), Z (sous-préfectures), Fi (fonds iconographiques), W (archives contemporaines), DA (archives diocésaines) ainsi que le fonds Duchaussoy coté en sous-série 14 J, la presse etc, contiennent des documents en lien avec la Grande Guerre. Le nombre de sources est effectivement très important et les supports variés (documents papiers, cartes postales, plaques de verre, photographies etc).
La cote KZ2571 relative aux plaques et monuments commémoratifs est sûrement la plus représentative. De manière plus générale, les séries M (administration générale et économie), R (affaires militaires, organismes de temps de guerre), T (enseignement, affaires culturelles, sports), Z (sous-préfectures), Fi (fonds iconographiques), W (archives contemporaines), DA (archives diocésaines) ainsi que le fonds Duchaussoy coté en sous-série 14 J, la presse etc, contiennent des documents en lien avec la Grande Guerre. Le nombre de sources est effectivement très important et les supports variés (documents papiers, cartes postales, plaques de verre, photographies etc).
Intervention d'Elise Bourgeois - « La commémoration institutionnelle du Conseil départemental de la Somme : livret mémoire pour les collégiens au classement à l'UNESCO des sites de la Grande Guerre »
Deux
projets ont été lancés afin de commémorer et préserver la
Grande Guerre et ses sites. Ainsi le Conseil départemental de la
Somme a édité un livret pédagogique intitulé La Somme dans la
Première Guerre mondiale, rédigé par des spécialistes, des
archivistes, des chercheurs et des professeurs, et destiné aux
collégiens, plus particulièrement aux élèves de 3ème. Leur objectif
est de rappeler la réalité du conflit, de présenter les différents
enjeux liés à cette guerre et plus précisément de sensibiliser la
nouvelle génération pour perpétuer la mémoire de tous les acteurs
de la Grande Guerre.
Le
second projet, qui concerne l'UNESCO et la préservation des sites et
lieux de mémoire de la Grande Guerre, a été déposé en janvier
2017. C'est un enjeu à la fois économique, touristique et mémorial.
En effet, ces sites sont essentiels, ils représentent
notamment un nouveau culte des disparus. Chaque combattant qui a
perdu la vie durant cette guerre est honoré individuellement, peu
importe sa nationalité, son ethnie, sa religion ou sa catégorie
sociale. Un comité scientifique international a donc procédé à
une sélection des sites, à la fois pour leur authenticité et leur
caractère exceptionnel.
L'engagement
a été important du côté du Conseil départemental de la Somme
mais aussi du côté des partenariats avec les communes, les
intercommunalités, les offices de tourisme, les musées etc.
Elise
Bourgeois a terminé son intervention sur l'impact que ce projet a eu
dans le département de la Somme. Effectivement, la retombée
économique a été remarquable, il y a eu une hausse des visiteurs
et des réseaux se sont créés avec d'autres sites. Plus
généralement, 139 lieux de mémoire ont été sélectionnés dont
11 dans la Somme.
Intervention de Jean-Michel Schill - « Préparer le centenaire de la Grande Guerre : le guide des sources sur la Première Guerre mondiale aux Archives de la Somme »
Avec
l'intervention de Jean-Michel Schill nous entrons au cœur de la
constitution du corpus documentaire. En effet, il a expliqué le
travail effectué pour la rédaction d'un guide des sources sur la
Grande Guerre à partir des archives du service départemental de la
Somme. A plusieurs reprises ce guide a été réalisé puis
interrompu avant d'être repris en 2015 dans le cadre du projet
mémorial. Il recense tous les fonds concernant la Première Guerre
mondiale, de 1914 à 1918, mais aussi des documents postérieurs.
Jean-Michel Schill a fait remarquer les différentes difficultés
rencontrées lors de la rédaction, par exemple le classement des archives qui
n'était pas forcément optimal. Il fallait en effet revoir les
intitulés, les analyses ainsi que la répartition des documents. Il
fallait également prendre en compte le caractère provisoire de
certaines cotes. Afin de faciliter leur travail, toutes les données
sélectionnées ont été transférées dans un tableau qui listait
donc ce qui allait potentiellement se trouver dans le guide. Ce dernier a été
rédigé dans l'ordre du cadre de classement des Archives
départementales de la Somme. Le travail réalisé a été colossal puisqu'il compte actuellement 249 pages, deux tables des matières dont une détaillée avec les sept niveaux de classement, et une recherche en plein texte possible. De plus, comme le guide des sources peut
être remis à jour, il n'a pour le moment pas de publication papier.
Intervention de Ludovic Klawinski - « Collecter, numériser et diffuser pour commémorer : les dons de mémoire et le grand mémorial »
Cette
intervention portait sur les dons de mémoire de la Somme qui
sont à l'origine de la Grande Collecte.
L'objectif était de récolter un certain nombre de témoignages et
d'archives privées en rapport avec la Grande Guerre, et ce, auprès
de tout individu susceptible d'avoir des documents ou objets. Les
archives étaient soit remises en tant que dons aux Archives départementales, soit
numérisées lorsque les personnes ne souhaitaient pas se séparer de
leurs documents.
En
2011, les Archives départementales de la Somme se sont lancées dans
une nouvelle réflexion : comment allier les
pratiques archivistiques, la mémoire et la collecte dans un contexte de démocratisation culturelle avec la montée
d'Internet et la multiplication des demandes. Le premier projet, en
novembre 2012, était une phase test de collecte d'archives privées
sur la Grande Guerre. L'objectif était d'impliquer les citoyens,
dans un travail de mémoire partagée. Ce type de projet insiste sur
l'histoire personnelle et familiale, dans le cadre de la guerre, ce
qui permet de mettre davantage le document en valeur en le contextualisant par le témoignage. En juin puis en novembre 2013, la collecte s'est
effectuée de nouveau et s'est plus largement diffusée. Une
vingtaine de personnes s'est mobilisée aux Archives départementales
de la Somme pour accueillir les contributeurs. Ce travail a demandé
beaucoup de moyens matériels, notamment pour les salles
réquisitionnées pour l'accueil des témoignages, mais aussi pour
les boîtes d'archives utilisées. Des liens plutôt forts se sont développés
avec les contributeurs et des documents inédits ont été collectés.
Ce contact est essentiel pour la réutilisation de ces archives.
Au
total, on compte 230 contributions dont 10 contributions en 2012,
puis 43 en juin 2013 et, enfin, 64 contributions en novembre 2013. On
note également 45 000 vues numériques et 80 contributions en ligne.
Monuments aux morts : les ériger, s'en servir
Interventions d'Elise Bourgeois, de Morgan Mazurier, d'Aurélien Chapolard et des élèves de la section internationale du Lycée Robert de Luzarches – « Comment ériger un monument aux morts : exemple de Cantigny »
Le
professeur de Géographie Aurélien Chapolard et trois de ses élèves
sont intervenus sur leur travail collaboratif avec le service
éducatif des Archives départementales de la Somme et plus
précisément avec Elise Bourgeois et Morgan Mazurier. Leur projet
avait pour objectif de commémorer le centenaire de la bataille de
Cantigny par le biais d'une exposition centrée sur les soldats américains. Ce type de projet pédagogique
permet aux élèves d'être acteur et médiateur de l'Histoire, tout
en s'informant sur la réalité du conflit et la façon d'ériger un monument aux morts.
Les élèves ont constaté les difficultés pour organiser une exposition aussi conséquente en
terme d'informations et de sources. Leur tâche première était de
se mettre dans la peau d'un historien avec un esprit critique mais
aussi dans celle d'un archiviste afin de décortiquer les nombreuses
sources d'archives disponibles aux Archives départementales de la
Somme. Pour des raisons budgétaires, la classe n'a pas pu se rendre
à Cantigny pour leurs recherches. Ainsi, ils ont dû se plier
aux règles strictes des Archives pour manipuler les documents et se
sont découverts de véritables talents de détective.
Elise
Bourgeois a fait aussi remarquer le travail considérable qu'une exposition
comme celle-ci demande, avec une difficulté supplémentaire qui
était la langue. En effet, les élèves de la section internationale
ne discutaient qu'en anglais durant leurs séances de travail et les
panneaux exposés ont été rédigés en anglais ainsi qu'en
français.
Intervention de Jean-Paul Vasseur - « Restituer la mémoire, expérience d'un lecteur des Archives de la Somme »
Cette
dernière intervention, tout en émotion, était celle d'un lecteur
et usager des Archives de la Somme. Son travail exceptionnel consiste
à restituer la vie des soldats de la Grande Guerre afin de leur rendre hommage et de continuer à les faire vivre à travers les
années.
Il
commence ses recherches par des détails puis s'organise selon les
thèmes suivants : la vie civile du soldat, sa vie militaire
puis ce qu'il appelle « les mémoires de pierre ».
Aucun
dossier ne se ressemble puisqu'il représente une vie avec son
caractère individuel. Ainsi, les premières choses qu'il affiche sur le
dossier sont le nom du soldat et une illustration dont le choix est
influencé par un détail de la vie du soldat.
Le
chapitre sur sa vie civile part de la naissance de l'homme, passe par
sa famille, son mariage, ses enfants et son épouse, mais également
par son métier et son service militaire. Jean-Paul Vasseur ne se
contente pas de rédiger une succession de dates. Il réécrit le
plus brièvement possible, sans pour autant que ce soit parcellaire,
la vie du soldat avec ses moments forts mais aussi ses instants plus anodins.
Le
chapitre sur sa vie militaire présente, de façon la plus précise possible, aux lecteurs ce qu'il a pu
voir durant la Première Guerre mondiale. Il contextualise et décrit des moments vécus pendant
l'engagement du soldat.
Enfin,
le chapitre sur « les mémoires de pierre » se situe
après la mort du soldat et a pour sujet ses décorations, sa plaque
commémorative, sa sépulture -élément d'autant plus important
lorsque la famille du soldat ne connaît pas le lieu où il est
enterré. Outre la valorisation des nombreuses sources sur la Première Guerre mondiale, il permet également à certains soldats fusillés "pour l'exemple" d'être réhabilités dans la mémoire collective.
Le
travail de Jean-Paul Vasseur appartient par la suite à la famille, à
la commune de naissance et de résidence du soldat, mais aussi à
l'Histoire.
Déplacement à la cathédrale d'Amiens
Intervention d'Aurélien André - « Les monuments commémoratifs de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens »
La
visite a été introduite par le rôle significatif de la cathédrale
d'Amiens durant la Première Guerre mondiale. C'est en effet un
symbole religieux fort pour le nord de la France. Aurélien André
nous a présenté quelques photographies du Maréchal Foch sur le parvis de la
cathédrale d'Amiens et a évoqué la célèbre photographie de la
cathédrale barricadée pour la protéger.
Il
existe différents monuments commémoratifs au sein de la cathédrale. Nous y trouvons des plaques commémoratives pour des
cérémonies plus ou moins importantes -jusqu'à 6000 personnes
étaient présentes dans la cathédrale pour l'inauguration de ces
plaques. Nous pouvons voir également une plaque, non pas pour un pays, mais pour un
soldat britannique: Raymond Asquith. Il était le fils du premier ministre britannique de l'époque et a
été tué sur le front de la Somme le 15 septembre 1916.
Un autre site commémoratif important est présent à la cathédrale. Dans la chapelle des alliés apparaissent tous
les drapeaux des forces alliées dont très peu sont encore d'origine. Toutefois, nous pouvons citer le drapeau de l'Union Jack. Notons
que très récemment l'Île de Terre-Neuve a remis un nouveau drapeau
qui devrait être prochainement accroché dans la chapelle des
alliés.
Les membres du bureau de Picarchives ont été heureux de constater tout le travail effectué dans la région et l'engagement remarquable de celle-ci à l'occasion de ce centenaire.
lundi 5 novembre 2018
La vengeance d'un horloger senlisien
Pour
l'événement qui va suivre, nous partons à Senlis dans l'Oise entre
1788 et plus particulièrement 1789. Le personnage central est un
horloger du nom de Louis Michel Rieul Billon, né en 1750 dans cette
même ville. Nous sommes en 1788. Billon est un homme apprécié par
ses amis du café Gagneux qui soulignent surtout son esprit
mélancolique. L'un de ses plus proches amis, Desroques de la
Compagnie
de l'Arquebuse, souhaitant le distraire, lui propose de
faire partie de ladite Compagnie. Après hésitation, Billon accepte,
voyant son caractère honorifique.
Au
début de l'année 1789, l'image de l'horloger se dégrade aux yeux
des habitants de Senlis, suite à une affaire d'argent qui tourne en sa défaveur. Billon est désormais vu
comme usurier, "une sangsue des pauvres". Il ressent un profond sentiment d'injustice à la suite
de cet épisode. Apprenant cela, le commandant de la Compagnie de
l'Arquebuse décide, après un vote, d'expulser Billon de la
Compagnie, ne voulant pas que l'honneur de celle-ci en pâtisse.
Cependant, le concerné n'est prévenu que le lendemain de cette
décision, alors qu'il se rend à la Compagnie. Il cherche par la
suite à comprendre et à se défendre mais le Commandant refuse de
le recevoir. Face à cette seconde injustice, Billon se retire dans
sa maison, plein de haine. C'est durant cette période que,
doucement, il pense à se venger.
Le 13
décembre 1789 doit se tenir un cortège pour faire bénir les
drapeaux de la nouvelle milice nationale à Senlis. Le départ du
défilé se situe à l'Hôtel-de-Ville et il doit se terminer à la
Cathédrale. Deux chemins peuvent être empruntés, l'un passant par
des rues étroites et peu pratiques, l'autre, rue de Châtel, bien
plus large et droit. Or la maison de Billon se trouve justement à
l'angle de la rue de Châtel. Il voit alors cet événement comme une
bonne opportunité pour mettre au point sa vengeance.
Durant
le mois de juillet 1789, Billon voyage beaucoup dans le pays et
ramène de ses séjours des paquets mystérieux. Il fait également
des commandes auprès d'un menuisier. Se fiant à son instinct, sa
femme tente de l'interroger mais n'obtient aucune réponse de son
mari. Son inquiétude grandit lorsqu'elle le surprend à s'occuper de
ses armes, notamment de son fusil de chasse. Cette fois, Billon lui
répond que c'est simplement pour se préparer à une quelconque
attaque, au vu du climat particulier de cette période.
Billon
parfait sa vengeance durant des mois, jusqu'au jour du défilé. Le
matin, bien avant le départ du cortège, Billon se rend à l'Hôtel-de-Ville et entame une discussion avec M. Hamelin, commandant de la
deuxième division de la cavalerie. Il se plaint de l'injustice dont
il a été victime, justifiant le fait qu'il ne participera pas au
défilé. Après s'être assuré que le cortège passera par la rue
de Châtel, il rentre chez lui et envoie sa femme et sa servante voir
le défilé. Quant à ses amis proches, il leur a conseillé de
rester loin du cortège, donnant l'excuse d'un mauvais pressentiment.
Il était davantage inquiet pour son ami Desroques. Celui-ci étant
malade, Billon en a profité pour lui faire promettre qu'il ne
sortira pas de chez lui.
A
midi, l'horloge de l'Hôtel-de-Ville annonce le départ du cortège.
Ce dernier est constitué d'un détachement de la cavalerie
nationale, des corps de l'Arquebuse et de l'Arc, de la Compagnie des
Royalistes-fusiliers accompagnée d'officiers municipaux, de
hoquetons et de valets de
ville au troisième rang. Viennent ensuite l’État-major de la
milice nationale dont le commandant porte le drapeau, une escorte de
50 hommes des différents corps des troupes nationales, quatre
Compagnies de fusiliers-nationaux et la Compagnie des chasseurs qui
ferme le cortège.
Billon
s'enferme chez lui, s'installe dans son cabinet avec des arquebuses,
des carabines et des fusils de chasse chargés. Quand il entend la
foule arriver, il se poste à sa fenêtre avec son arquebuse. Le
premier coup est donné. La foule croit tout d'abord que c'est un
accident mais lorsque la première victime de Billon s'effondre, le
cortège constate que sa blessure ne peut être qu'un assassinat. Le
deuxième coup de feu est tiré et la panique gagne le défilé. Un
homme s'aperçoit que les coups de feu viennent de la maison de
Billon. Il tente alors de lui tirer dessus mais Billon riposte et
manque de le blesser. On ordonne à M. Hamelin d'aller chez Billon
et, suivi de la cavalerie, des chevaliers de l'Arquebuse et de l'Arc,
des Royalistes-fusiliers et des chasseurs, Hamelin essaye d'entrer.
Pendant
ce temps, les coups de feu continuent de retentir et Billon fait de
nouvelles victimes. Il réussit à tuer le commandant de l'Arquebuse
qui l'avait expulsé de la Compagnie. La porte de sa maison finit par
lâcher et tous s'y engouffrent. Ils atteignent une porte barricadée
de l'intérieur, réussissent encore à entrer après quelques
efforts, mais se retrouvent face à un incendie. Billon, de son côté,
veut se replier dans son grenier. Il profite toutefois de sa position
avantageuse pour tirer une nouvelle fois sur les hommes qui le
cherchent. Il fait une victime supplémentaire mais l'un des hommes
réussit à l'attraper. Billon se défend, le repousse et monte les
escaliers qui mènent au grenier.
D'autres
essayent d'éteindre l'incendie mais sont désormais face à un
nouveau danger : une caisse pleine de poudre. Dans l'escalier,
Billon se fait de nouveau attraper. Une explosion les interrompt tous, blesse
grièvement Billon et l'homme, nommé de la Bruyère, qui le tenait.
L'auteur de l'attentat est toujours vivant mais la Compagnie des chasseurs l'achève tandis que de la Bruyère est emmené pour être
soigné. Malgré la gravité de toutes ses blessures, il guérit.
Pour sa bravoure, il reçoit de Louis XVI, la croix de Saint-Louis
ainsi qu'une pension annuelle.
L'explosion
a été si forte que 66 maisons ont été touchées. Quant au nombre
de victimes, il s'élève à 26 morts et 41 blessés.
Sources :
-FOUQUIER, A., Le
récit détaillé de "l’attentat de l’horloger Billon"
en 1789 suivi d’une dissertation sur le jugement de l’affaire,
collection intitulée Causes célèbres, Paris, éd. Lebrun, [s.d.
(après 1855)]. (Réf. BM de Senlis : Fonds local Br. Senlis 9).
-MARICOURT, André
de, Extr. de Lectures pour tous, revue universelle illustrée,
n°10, 1912 (juillet), Hachette, 1912, p.841-848. (Réf. Bibliothèque
municipale de Senlis : Réserve).
-Voir aussi :
Archives départementales de l'Oise : Sous-série 1 C
(Administrations provinciales) 1 Cp 822 : État des victimes de
l'attentat de Billon (1790).
dimanche 14 octobre 2018
La Bande à Bonnot a encore frappé !
Vous
avez sûrement déjà dû entendre parler de la célèbre bande à
Bonnot qui a déchaîné la presse et le pays entre 1911 et
1912.
Jules Bonnot est
un anarchiste français qui aurait découvert sa passion des armes
lors de son service militaire1.
Afin d'aller au bout de ses idées, il recherche de l'aide auprès
des sympathisants du journal l'Anarchie. Ainsi se forme la
bande à Bonnot dont les membres principaux sont
Raymond Callemin appelé aussi Raymond-la-science,
Octave Garnier, René Valet, Soudy et Monier.
Jules Bonnot serait naturellement devenu le chef dû à son
âge. Il était en effet plus vieux que ses camarades.
Avant de relater les faits qui ont eu lieu dans notre chère région, rappelons que la bande à Bonnot n'en était pas à leur coup d'essai. Elle est en effet déjà connue pour contrebande d'alcool et multiples agressions, meurtres et braquages en tout genre, mais réussit à fuir la police à plusieurs reprises. Elle est par ailleurs très provocatrice envers l'autorité. Voici par exemple une lettre d'Octave Garnier publiée dans le journal Le Matin :
« Votre incapacité pour le noble métier que vous exercez est si évidente qu'il me prit l'envie, il y a quelques jours, de me présenter dans vos bureaux pour vous donner quelques renseignements complémentaires et redresser quelques erreurs voulues ou non. »2.
Le
21 décembre 1911, la Société Générale du XVIIIe arrondissement
de Paris subit le hold-up de Jules Bonnot et sa
bande. Mais mécontents de leur butin peu élevé, ils continuent
leur cavale jusqu'à leur prochaine cible. Fait rare pour l'époque,
les bandits utilisent la voiture, dont une De Dion-Bouton, qui
ne facilite pas le travail de la police, se déplaçant surtout en
vélo ou à cheval. Autre anecdote intéressante : la bande
à Bonnot serait la première à utiliser un chalumeau pour
percer les coffre-forts3.
Le
25 mars 1912, Bonnot et ses
camarades Garnier, Callemin, Monier, Valet
et Soudy tentent un nouveau braquage à la Société
Générale. Cette fois c'est celle de Chantilly qui en est victime.
Deux employés sont blessés, deux autres sont tués4,
l'opinion publique se déchaîne. Les bandits s'enfuient avec un
butin bien plus élevé d'environ 50 000 francs et ils se retrouvent
à la Une du journal Excelsior. On parle désormais
d'affaire d'Etat et des budgets spéciaux sont débloqués
afin de permettre à la police de les arrêter.
La
cavale continue jusqu'à l'arrestation progressive des membres de la
bande : Soudy, Callemin puis Monier. Bonnot, de
son côté, fait une nouvelle victime dans la Sûreté Nationale. Le sous-chef, Louis-François Jouin, est assassiné alors qu'il souhaite effectuer une perquisition au Petit-Ivry, accompagné de l'inspecteur principal Colmar. Jules Bonnot est présent à l'étage et abat Jouin à coup de revolver. Colmar quant à lui ressort blessé de cette attaque surprise. Lui aussi blessé, Bonnot se rend dans une pharmacie avec une excuse bien ficelée mais le pharmacien le reconnaît et le dénonce.
A la fin du mois d'avril 1912, Jules Bonnot est retrouvé
au « Nid Rouge », à Choisy-le-Roi, où il est
hébergé. La police reste sur place jusqu'à ce que commence la
fusillade qui délivrera la France de Jules Bonnot. De la
dynamite finit par le blesser grièvement, Bonnot résiste
mais se fait arrêter. Il est transporté à l'hôpital et meurt peu
de temps après, le 28 avril 1912.
Le
reste de la bande encore en liberté, à savoir Garnier et
Valet, sont tués à Nogent-sur-Marne après de nouveau une
longue fusillade.
Les membres auparavant arrêtés ainsi que ceux qui les ont aidés sont jugés au tribunal un an plus tard, en février 1913. Soudy, Callemin, Monier et Dieudonné (que je n'ai pas évoqué mais qui fut un élément important) notamment sont condamnés à mort tandis que les autres reçoivent soit une peine de prison, soit des travaux forcés.
« Le procès était terminé.
La Société était vengée. »5
Le
saviez-vous ? Les brigades régionales de police aussi
appelées « Brigades du Tigre », créées par
Georges Clemenceau en 1907, sont des brigades de police
mobile équipées de voitures notamment de la fameuse De Dion-Bouton.
Elles ont contribué à l'arrestation de la bande à Bonnot6.
2Article
« Une lettre de Garnier », journal Le Matin, publié
le jeudi 21 mars 1912. Source : Gallica, BnF
4Selon
l'article du Parisien, "A Chantilly, le dernier hold-up de la bande à Bonnot", rédigé le 20 août 1998
6Selon
l'article "Histoire
de la police judiciaire" du
site www.police-nationale.interieur.gouv.fr
Voir aussi: Rapport... / Conseil municipal de Paris, 1913, p.139 (BnF)
Voir aussi: Rapport... / Conseil municipal de Paris, 1913, p.139 (BnF)
Psss... Juste pour information, l'association a accueilli quatre nouveaux membres pour cette année 2018-2019...
dimanche 28 janvier 2018
Les archives du pouvoir
Ci-dessous vous trouverez, la publication des actes relative à la journée d'études sur les Archives du pouvoir organisée par la promotion Master 2 MATA 2016-2017.
http://pdf.lu/qxEl
lundi 18 décembre 2017
Comme un ours mal léché
Les ours, bruns ou
blancs, sont d’impressionnantes icônes populaires et compensent leur
aspect pacifique par un instinct de prédateur orné de griffes et de
crocs de grandes tailles. Ils bénéficient en outre d'un capital de
sympathie à peine entamé par les quelques terribles accidents
mortels dont ils sont responsables depuis le XIX siècle.
![]() |
| Photographie de la société des antiquaires de Picardie, Le montreur d'ours - 14Fi70/54 ; N CH 699 - Plaque de verre, négatif noir & blanc - 9 x 12 cm |
Autrefois abondant en
Europe, l'ours se prête plutôt bien aux exercices que lui
inculquent, souvent dans la douleur, ses premiers maîtres.
En effet, pendant
longtemps la meilleure manière d'apprendre à danser à un ours
s'est bornée à le placer sur une plaque de métal chauffée par le
dessous. Ainsi pour tenter d'éviter les brûlures, l'animal se
dresse naturellement sur ses pattes postérieures et esquisse, du
point de vue du dresseur, ce qui ressemble à une danse. Il ne faut
pas très longtemps pour que la malheureuse bête assimile le lien
entre musique, chaleur et douleur.
De plus, les facultés
d'apprentissage de la douce créature, sa bonhomie, son allure
touchante et pataude, ont largement contribué à effacer sa
sauvagerie auprès du public et bien peu de spectateurs
l'assimilaient, au bout du compte, à un fauve.
Par ailleurs, les
chevaux, les ours, les singes et, dans une moindre mesure, les
chiens, ont été longtemps les partenaires traditionnels des
tziganes. Peu exigeants, faciles à entretenir, résistants aux
conditions les plus rudes, ces animaux sont devenus emblématiques du
voyage et la plupart des gravures qui illustrent l'existence de ces
compagnies errantes montrent l'une ou l'autre de ces bêtes devenues
à leur tour, au même titre que la musique et la bonne aventure, des
symboles précieux du peuple tzigane. Il est resté un efficace
partenaire pour les circassiens et les forains qui semblent avoir
pris le relais des tziganes à la fin du XIX siècle.
Le saviez-vous?
Le poil de l'ours blanc
n'est pas blanc mais translucide. C'est la réflexion de la lumière
qui donne la couleur blanche à son pelage. Sa peau est quant à elle
noire afin d'absorber au mieux la lumière pour conserver au maximum
la chaleur solaire, mais ne se voit pas sous son épaisse fourrure.
dimanche 3 décembre 2017
Journée internationale des handicapés
Dès 1801-1802, Louis-Claude Petit de l'Ecole de Médecine de Paris, évoque dans sa thèse que l'amputation est sans nul doute l'opération chirurgicale recquierant le plus de connaissance de la part du médecin opérant. Elle ne nécessite effectivement pas que dextérité et rapidité d'action de sa part, ce dernier doit aussi savoir juger sainement du besoin réel d'une telle opération, déterminer le moment le plus favorable à sa réalisation ou encore choisir le protocole le plus adapté.
![]() |
| Un cul-de-jatte à côté de l'Ecce Homo, rue Dumont-d'Urville à Cayeux-sur-Mer - 14Fi4/19 P ROS 4/19 (1900-1910) - Photographie noir & blanc - 13 x 18cm. |
Le danger de l'amputation, compétence du chirurgen mis à part, réside dans les accidents qui en résultent : la douleur post-opératoire, l'inflammation exaltant la sensibilité de la zone amputée, la suppuration des ligaments et des nerfs, ou encore les désordres circulatoires occasionnés par le reflux sanguin.
Les opérants ne doivent jamais s'écarter d'une règle fondamentale ayant mis du temps à être pleinement assimilée par les corps médicaux : pour ce type de chirurgie, il ne faut jamais emporter d'autres parties en plus de celles qui méritent d'être sectionnées. L'amputation ne doit être qu'une ultime ressource pour conserver la vie du malade. Il est notamment arrivé qu'une jambe entière soit amputer lorsqu'il n'y avait qu'une partie du pied qui était affectée. Les chirurgiens ont d'ailleurs souvent prononcé en diagnostic que les entorses, les caries, les ankiloses ou encore les impacts de balles ou d'éclats de bombes exigeaient l'amputation. Une partie cependant s'est élevée contre la pratique abusive de cette opération.
De plus, le chirurgien Germain Leviels expose dans son essai de 1802-1803 que les cas d'amputation pour des blessés par balle, notamment aux membres inférieurs, doivent êtres précisement restreints. Selon lui, c'est surtout la profondeur de la balle et la complexité de la blessure qui déterminent l'aval ou non d'une amputation. Au niveau de l'articulation du genou, la destruction de vaisseaux sanguins dont les artères, couplée à des fractures trop fragmentées du trio fémur-rotule-tibia, peut justifier la section du membre.
Le saviez-vous?
Douglas Bader eut un accident de voltige en 1931, ce qui lui valut une amputation des deux jambes. Grâce à des prothèses en aluminium, il devint l'un des plus grands pilotes anglais de la Seconde Guerre mondiale avec 22 victoires confirmées. Prisonnier en 1941, il reçu une nouvelle paire de prothèses au cours d'un bombardement mais ses geôliers finirent par les lui confisquer à cause de ses tentatives d'évasion.
Le saviez-vous?
Douglas Bader eut un accident de voltige en 1931, ce qui lui valut une amputation des deux jambes. Grâce à des prothèses en aluminium, il devint l'un des plus grands pilotes anglais de la Seconde Guerre mondiale avec 22 victoires confirmées. Prisonnier en 1941, il reçu une nouvelle paire de prothèses au cours d'un bombardement mais ses geôliers finirent par les lui confisquer à cause de ses tentatives d'évasion.
mercredi 29 novembre 2017
Å vol d'oiseau
À l'origine, comme les ballons utilisés dès la fin du xviiie siècle lors des
guerres de la Révolution française puis pendant la guerre franco-prussienne, l'aviation devait n'être utilisée qu'en survol de
reconnaissance des lignes ennemies. C'est la Première Guerre mondiale qui donnera naissance à l'aviation de guerre.
Si l’année 1914 révèle le potentiel de l’aviation dans d’autres domaines que celui de l’observation, l’année 1915 signe l’année des expérimentations et de l’organisation de cette nouvelle technologie au service de la guerre. Les escadrilles vont se spécialiser selon les missions (observation, bombardement, chasse…), les aviateurs perfectionnent leurs techniques et les avions bénéficient d’un progrès sans cesse croissant.
Au commencement de la bataille de la
Somme en juillet 1916, la plupart des escadrons du Royal Flying
Corps (RFC) étaient encore constitués de modèles BE.2c qui
s'étaient révélés être des cibles faciles pour les Eindeckers allemands.
D’autant plus que les nouveaux modèles britanniques comme le Sopwith 1½ Strutter étaient encore
trop peu nombreux et les nouveaux pilotes furent envoyés au front avec
seulement quelques heures de vol.
La supériorité aérienne alliée fut maintenue durant la
bataille et inquiéta le haut-commandement allemand. La réorganisation complète
de la Luftstreitkräfte mena à la création de bombardiers stratégiques qui
bombardèrent le Royaume-Uni en 1917 et 1918 et à celle des escadrons d'attaque
au sol qui se distinguèrent à la bataille de Cambrai et durant la seconde bataille de la Marne. Cette réorganisation permit surtout la création des unités
de chasse spécialisées. À la fin de l'année 1916, ces unités détentrices du
tout nouveau Albatros D.III rétablirent la supériorité aérienne allemande bien qu'elles
aient été formées une année après leurs équivalents britanniques et français.
Durant la Grande Guerre, l'armée de l'air allemande utilisa
une grande variété d'aéronefs dont les avions de chasse. Ces derniers
déchaînèrent le plus les passions grâce aux « as »
comme Manfred von Richthofen, surnommé le « Diable rouge » par les français,
« Red Baron » par les britanniques. L’Allemagne développe en moyenne
à l'époque un nouveau modèle tous les 6 mois et l’assortit d’un moteur
différent.
Enfin, jusqu'en 1918, tous les avions de
l'armée allemande, ainsi que ceux de l'armée d'Autriche-Hongrie, porteront l'insigne de
la Croix
de fer, puis
une croix formée de deux poutres droites, un insigne qui deviendra très
familier pendant le IIIe Reich. À la suite de l'Armistice en novembre 1918 et comme prévu par
le traité
de Versailles,
l'armée de l'air allemande est dissoute et ses avions militaires détruits.
Le saviez-vous ?
Lorsqu'un avion ou un bateau est en détresse, l'usage radio-téléphonique est de prononcer "Mayday". Ce mot est en fait une déformation de la phrase française "Venez m'aider", qui aurait été prononcée par un pilote français en détresse et qui fut comprise par l'opérateur anglais sous le terme "Mayday".
mardi 21 novembre 2017
Hissez haut Santiano !
En cette journée mondiale des artisans et travailleurs de la mer, un petit article sur la pêche et les
voiliers s’impose afin d’honorer ces ouvriers du Grand Bleu.
![]() |
| Petit voilier dieppois "immatriculé DI 460" le long le quai des marchandises. Plaque de verre - positif couleur. Archives départementales de la Somme. 19Fi9 |
Dès le début du XIXe siècle, la vapeur entre en lutte avec la voile aussi bien pour le commerce que
dans la marine de guerre. C'est d'ailleurs seulement les marines de guerre qui ont les moyens de
construire des navires à propulsion par vapeur. Qui plus est, rapidement les navires militaires
deviennent trop lourds pour les manœuvres à voile à cause de l'armement auquel s'ajoute désormais
le blindage. La marine de commerce reste quant à elle fidèle plus longtemps à la voile.
Il faut attendre la vieille de la Seconde Guerre mondiale pour que les derniers grands voiliers
disparaissent. Cependant les voiliers de petite taille perdurent localement pour la pêche ainsi que
pour la plaisance (qui s'étend aux classes populaires). D'ailleurs, l'ouverture de la ligne de chemin de
fer Paris-Rouen en 1842 puis son prolongement au Havre en 1847 ouvre les portes du "yachting" aux
voyageurs parisiens.
Plus localement, le Tréport ainsi que Mers-sur-Bains étaient des ports adaptés pour le cabotage
comme pour les transports sur de grandes distances. Ils offraient un abri sûr contre le mauvais temps
car ils ont été aménagés dans des rades. Si les navires manquaient le port de Dieppe, ils risquaient
d'être poussés par les vents d'aval jusqu'à l'entrée du Pas-de-Calais.
Ce sont alors les voiliers les plus petits (comme celui présent sur la photographie) qui servent
principalement à la pêche ou pour le cabotage, c'est-à-dire le transport de marchandises sur de
petites distances le long de la côte. Ces voiliers portent généralement un ou deux mâts : ce sont des
sloops et des cotres (un seul mât), des ketchs et des goélettes (deux mâts).
Le saviez-vous ?
Le lapin est un animal maudit dans la marine et il est interdit de prononcer ce mot sur les bateaux.
Cette superstition vient de l'époque où les marins emportaient à bord des animaux vivants (dont des
lapins), pour pouvoir les manger pendant les longues traversées. Les lapins s'échappaient parfois, et
rongeaient les cordages ou la coque, provoquant des catastrophes à bord.
mardi 14 novembre 2017
Winter is coming
La région de l'Oise et plus particulièrement la ville de Creil a connu plusieurs hivers rudes à la fin du
XIXe siècle. En 1871-72, et plus tard celui de 1895 présenté sur la photographie.
Mais c'est
certainement le désastreux hiver de 1879-1880 qui restera le plus marquant et celui comportant le
plus de sources historiques.
Il commença dès novembre et au 3 décembre, le thermomètre accusait déjà -7°C. Le lendemain, une
tempête de neige intense débuta au matin paralysant de plus en plus les trains au cours de la
journée, si bien que plus aucun train ne pouvait circuler le matin. Le personnel mit alors des jours à
déblayer les voies sans cesse encombrées par de nouvelles tempêtes de neige.
Ainsi, même avec quelques légères accalmies, des irrégularités, désespérantes pour les voyageurs, durèrent pendant un mois et des entraves commerciales eurent lieu sur près de 5 mois suivant la tempête. Il est vrai qu’entre le 8 et le 27 décembre, le thermomètre affichait entre -8°C et -10°C le jour et jusqu’à -27°C la nuit. Enfin, les derniers jours de décembre le temps s’est radoucit. La pluie se mit à tomber et l’illusion d’un printemps anticipé fut évoquée.
Cependant, dès le 5 janvier 1880 le froid reparut avec -10°C pour le reste du mois. Durant toute cette période la rivière de l’Oise gela si profondément que chacun pouvait la traverser à pieds sans le moindre danger. Cet hiver fit même cesser le travail alors que dans le même temps les besoins augmentaient. Des dons charitables et des quêtes furent nécessaires pour atténuer la misère. Après la fonte des neiges l’étendu des désastres fut évalué : les arbres de toute espèce avaient été entièrement gelés. Le froid avait également tué beaucoup d’oiseaux, de gibiers et de bêtes de basse-cour.
Heureusement, ces neiges abondantes ayant marqué les esprits, fondèrent lentement préservant ainsi la ville du risque d’inondation auquel elle est déjà habituellement exposée. En effet, ordinairement l’Oise débordait en hiver et inondait pendant plusieurs mois les marais qui s’étendent sur sa rive gauche depuis Gouvieux jusqu’au-delà du Lys.
Ainsi, même avec quelques légères accalmies, des irrégularités, désespérantes pour les voyageurs, durèrent pendant un mois et des entraves commerciales eurent lieu sur près de 5 mois suivant la tempête. Il est vrai qu’entre le 8 et le 27 décembre, le thermomètre affichait entre -8°C et -10°C le jour et jusqu’à -27°C la nuit. Enfin, les derniers jours de décembre le temps s’est radoucit. La pluie se mit à tomber et l’illusion d’un printemps anticipé fut évoquée.
Cependant, dès le 5 janvier 1880 le froid reparut avec -10°C pour le reste du mois. Durant toute cette période la rivière de l’Oise gela si profondément que chacun pouvait la traverser à pieds sans le moindre danger. Cet hiver fit même cesser le travail alors que dans le même temps les besoins augmentaient. Des dons charitables et des quêtes furent nécessaires pour atténuer la misère. Après la fonte des neiges l’étendu des désastres fut évalué : les arbres de toute espèce avaient été entièrement gelés. Le froid avait également tué beaucoup d’oiseaux, de gibiers et de bêtes de basse-cour.
Heureusement, ces neiges abondantes ayant marqué les esprits, fondèrent lentement préservant ainsi la ville du risque d’inondation auquel elle est déjà habituellement exposée. En effet, ordinairement l’Oise débordait en hiver et inondait pendant plusieurs mois les marais qui s’étendent sur sa rive gauche depuis Gouvieux jusqu’au-delà du Lys.
Le saviez-vous?
L’anecdote peut paraître surprenante mais l’auteur de « L’Ile au trésor » (1883) a bel et bien
visité Creil. En 1878, l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson publie « En canoë sur les
rivières du Nord », dans lequel il relate son voyage fluvial, de la Belgique à Pontoise. Sous le
charme, l’auteur livre une description de l’église Saint-Médard. « L’intérieur (...) était
indescriptible, éclaboussé de lumière crues tombant des fenêtres et décoré de médaillons
représentant la voie douloureuse.
Creil _5Fi1470_Groupe d'hommes cassant la glace de la rivière Oise gelée, à l'arrière-plan, le pont de
fer (février 1895). Photographie de Charles Commessy. Archives Départementales de l'Oise.
mardi 7 novembre 2017
La mendicité au XIX siècle
Depuis
longtemps la mendicité a été perçue comme un problème sociétaire récurrent. Entre l'Antiquité et
les temps modernes, de nombreuses lois, édits et ordonnances ont été mis en place pour faire
travailler les indigents qui constituaient une majeure partie des mendiants.
![]() |
| 14Fi58 Arrestation d'un mendiant par deux gendarmes à cheval (1899) Fonds de la société des Antiquaires de Picardie Archives départementales de la Somme. |
Dans
cette perspective Napoléon Ier promulgue le 5 juillet 1808 un décret répressif
ordonnant l'installation de dépôts de mendicité dans l'ensemble de l'Empire.
Les mendiants, vagabonds et prostitués y sont enfermés et avec la loi des 16-26 février 1810, la
mendicité est considérée comme un délit par le code pénal.
Localement,
l'administration de la Somme tente, au XIXe siècle, de trouver des moyens pour
éteindre le fléau des mendiants. Dès 1844, un arrêté préfectoral interdit
l'acte de mendicité dans le département et prévoit l'arrestation puis
l'emprisonnement au dépôt de Montreuil-sous-Laon.
Il
est vrai que les bureaux de bienfaisance constituent le seul secours
d'assistance aux mendiants, il n'y en a cependant pas à Amiens. La ville ne
possède que des hospices d'accueil pour les vieillards indigents et les incurables.
Ainsi, en 1899, 39 500 affaires de vagabondage sont dénombrées.
Un autre problème sous-jacent évoqué durant ce siècle
est la fausse mendicité. Georges Berry, député
du 9e arrondissement de Paris, publie en 1897 un rapport de ses expériences
personnelles à ce sujet. Il y place les mendiants sans apprêt, différenciés de
trois autres catégories mensongères : les invalides regroupant les vrais
malades qui vivent de rentes et les faux invalides usant de simulations
corporelles ; les
« truqueurs » qui prétendent devoir enterrer un enfant ou encore
avoir besoin de vêtements pour une embauche ; et enfin les adeptes de la mendicité déguisée
(diseuses de bonne aventure, saltimbanques, vendeurs de rue ou encore loteries
truquées).
Le saviez-vous?
Le baron James de Rothschild s'est déguisé en mendiant pour servir de modèle à Eugène Delacroix. Un élève pauvre du peintre est rentré dans l'atelier et a pris le baron pour un nécessiteux. Il lui offrit une pièce de 40 sous. Conscient de la pauvreté de l'élève, Rothschild le convia à sa banque pour lui offrir 10 000 Francs afin qu'il puisse finir ses études de peinture.
vendredi 27 octobre 2017
Journée mondiale du patrimoine audiovisuel : Ça tourne, action!
Bien avant la découverte du cinéma, les images avaient déjà appris à défiler. Des visionnaires utilisèrent leurs connaissances scientifiques pour expérimenter sur les effets de la lumière ou les lois de l'espace afin de réaliser le rêve d'une image qui bouge ou se transforme de façon surprenante.
![]() |
| Archives départementales de la Somme - Documents isolés des Archives municipales de Cayeux-sur-Mer - Papier à en tête |
Louis Lumière, considéré comme le fondateur du cinéma en France grâce à son invention du cinématographe qui a écrasé tout autre appareil similaire, cité à l'époque comme « le plus perfectionné des appareils à projections animées couvrant 20m² » et permettant de « représenter des scènes de la vie réelle en grandeur naturelle ainsi que des tableaux animés atteignant un degré de netteté et de fixité qui ne fatigue pas la vue des spectateurs ». Louis et son frère, Auguste seront même décorés de l’ordre de St Anne de Russie par le tsar Nicolas II pour leur merveilleuse découverte.
Le répertoire de projections des débuts du cinéma est aux antipodes de nos productions contemporaines. En 1895 il n’y a ni effets spéciaux, ni cascadeurs, seulement des scènes de la vie réelle, de la prestidigitation ou encore des corps de ballet.
Cela n’empêchera pas Georges Meliès, réalisateur de films français et illusionniste d'ouvrir de nouvelles possibilités pour cette invention puisqu’il sera le premier, en 1897, a fonder une industrie sur la production et la vente de films alors que les priorités jusque là concernaient seulement la bonne marche d’appareils sur le marché.
En parallèle et pendant que les découvertes et innovations techniques permettent de modifier peu à peu les procédés de mise en scène, la masse croissante des spectateurs assure la rentabilité de films de plus en plus ambitieux et coûteux. Dans le même temps l’intégration progressive d’un public bourgeois, relativement cultivé, suscita des exigences de plus en plus grandes car encore muet autour de 1900, le cinéma est alors le « théâtre du pauvre » avec un public issue du prolétariat. Par la suite, la mise en place de salles dédiées aux projections a d’abord profité à une clientèle relativement aisée. Ce n’est que beaucoup plus tard que ces installations profitèrent au grand public populaire qui se contentait jusqu’alors que de projections foraines.
Plus tard au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’année 1919 a signé un changement de visage pour le cinéma français : le long-métrage remplace les projections « fourre-tout » et pouvant aller jusqu’à 8h de représentation. Durant les années 1930, le cinéma français s’épanouit encore d’avantage via de nouveaux apports étrangers : des cinéastes russes ou encore allemands exilés ou fuyants leur pays. Toutefois, une rupture nette mis fin à cette période faste, en effet seuls quelques films mineurs sont produits en parallèle des films nazis lors de la Seconde Guerre mondiale.
Il faudra attendre l’année 1950 et ses 117 films pour constater un grand retour du 7ème art sur le devant de la scène. Le cinéma se diversifie et les années 1960-1979 attestent d’un renouveau certain avec le label « Nouvelle vague » qui s’étend rapidement aux nombreuses productions un tant soit peu qualifiées d’anticonformistes. Enfin, les années 1980-2000 voient les réalisateurs se pencher davantage sur des œuvres intimistes et introspectives mais qui seront peu à peu reléguées au second plan face à la montée en puissance de la mécanique américaine, les films à très gros budgets et leurs effets spéciaux de plus en plus réalistes crevant l’écran.
C’est aussi durant ces décennies qu’est créé le festival du film d’Amiens à l’initiative d’un groupe de jeunes étudiants cinéphiles. Il s’agit maintenant d’une référence internationale en matière de programmation et comptant parmi les 5 plus grands festivals du film en France.
→ http://www.filmfestamiens.org/
Le saviez-vous ?
Les cris de brachiosaures dans le film Jurassic Park sont une combinaison de cris d’âne et de baleine.
lundi 16 octobre 2017
Journée mondiale de l'alimentation : "La fabrication du pain"
Nous commençons notre première
série de publications en fêtant la journée mondiale de
l'alimentation ! Et pour illustrer cela nous vous présentons
une photographie sur plaque de verre datant du XIXe siècle : "La
fabrication du pain" provenant du fonds photographique de la
Société des Antiquaires de Picardie conservée aux Archives
départementales de la Somme.
Cote : 14FI49/36.
Auteur : le photographe Riquier.
Dimensions : 8 x 9 cm.
"Un artisanant plutôt ancien"
Ne nécessitant que peu d'ingrédients (farine et eau), le pain est
devenu depuis le Moyen-Âge principalement
un élément fondamental de l'alimentation occidentale.
La technique de fabrication du pain est aujourd'hui issue d'une
évolution s'étalant sur plusieurs siècles. Durant l'Antiquité,
les
égyptiens, les mésopotamiens ou encore les grecs ainsi
que
les
romains, mettent au point une bouillie de céréales humidifiées et
légèrement fermentées pour la pétrir et la cuir.
La Basse-Egypte est
à l'époque une importante région céréalière et sa
connaissance dans l'art
de création du pain est susceptible de remonter à au moins
5000 ans. Cet aliment a même un
intérêt pour le monde des morts puisqu'il était disposé dans les
sépultures en tant que nourriture pour les défunts dans l'au-delà.
Les grecs font quant à eux partis
des premiers à installer le four dans la vie quotidienne, mais à
cause des risques d'incendies, des fours publics gérés par des
fourniers sont rapidement mis en place. Le modèle se diffusera dans
d'autres pays.
Une activité boulangère professionnelle se développe tout de même
sur les marchés de l'époque, les artisans sont alors regroupés
sous forme de corporations ou de collèges réglementés sur
plusieurs aspects du métier dont l'apprentissage et la surveillance
des flux de marchandises.
Ce sont les conquêtes romaines qui apportèrent sur notre territoire
les premiers fours et les premiers moulins nécessaires à la
fabrication de pain. Qui plus est, ces derniers allaient même
jusqu'à faire
venir d'Athènes de nombreux artisans du pain tellement
leur renommée était grande.
Cependant, le pain est majoritairement resté au
Moyen-Âge, une "recette" issue des foyers. Chaque
ménage préparait sa pâte et la faisait cuir par un fournier qui
finit
par être partiellement détrôné par des commerçants
réalisant l'ensemble de la chaîne artisanale. En effet,
les corporations de talmeliers (nom
donné à cette époque) obtiennent le droit de
posséder leurs propres fours grâce à une ordonnance émise
par Philippe Le Bel en
1290.
Les deux métiers continuent d'exister conjointement, les fourniers
conservent de leur côté un droit de vente des pains laissés dans
leurs fours, et c'est de ces deux activités artisanales que la
profession de boulanger est née. Elle s'est normée de plus en plus
au cours des siècles et a diversifié au
fur et à mesure ses productions en incluant des
produits régionaux autres que les siens.
Aujourd'hui, l'hygiène est l'une des principales considérations en
matière d'alimentation. Les boulangeries n'y échappent pas : plus
de chiens dans les établissements. Le pain c'est bon, sans poils ou
puces, c'est meilleur.
Le saviez-vous
: Pourquoi une superstition populaire veut que poser le pain
du côté gonflé
porterait maheur ?
Au Moyen-Âge le
bourreau étant un homme occupé lors des jours d'exécution, il
n'avait pas forcément le temps d'aller chercher son propre pain aux
heures de productions journalières. Ainsi, le talmelier de l'époque
mettait un pain de côté pour le remettre plus tard au bourreau et
il le retournait pour attester de sa réservation. Dans un foyer,
cette pratique revenait alors à inviter le bourreau chez soit et
avec les déformations au fil du temps : un certain malheur,
de mauvais présages, voire une présence diabolique.
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